Category: Histoire de la Terre


L’énigme Égyptienne(21) La crème de la crème de l’objectivité! | CentPapiers

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Située à mi-chemin entre Tahiti (à 4 000 km à l’Ouest) et le continent sud-américain (3 600 km à l’Est), l’île de Pâques compte parmi les endroits habités les plus isolés du monde. Il faut compter plus de cinq heures de vol pour l’atteindre Enthousiasmés par un premier voyage sur cette île en 1995, nous sommes retournés y vivre plusieurs mois à la fin de l’hiver austral 2005 pour la découvrir plus amplement et concrétiser un rêve de longue date : réaliser un livre de photographies. Membres de L.A.V.E., passionnés autant par la photographie que par les volcans, nous évoquons dans cet article en particulier les aspects volcanologiques liés à cette île.

Un passé tumultueux

Les statues émergeant des flancs du volcan Rano Raraku impressionnent tous ceux qui s'en approchent par leur grandeur et la finesse de leurs traits. Images Natalie & Olivier Brunner-Patthey.

Les statues émergeant des flancs du volcan Rano Raraku impressionnent tous ceux qui s’en approchent par leur grandeur et la finesse de leurs traits. Images Natalie & Olivier Brunner-Patthey.

L’histoire de l’île de Pâques, civilisation autrefois florissante, constitue un exemple frappant de la façon dont les sociétés humaines sont dépendantes de leur environnement. Les premiers Polynésiens débarquèrent entre 400 et 1 200 ap. J.-C. sur cette terre dotée de faibles ressources. Ils commencèrent à cultiver la terre avec les plants qu’ils avaient apportés et adoptèrent un modèle de groupement familial. Étroitement liées, ces familles formaient des clans, chacun ayant son lieu de culte. À la tête de chaque clan, un chef organisait et dirigeait les activités. Il supervisait également la distribution de

la nourriture et des autres produits de première nécessité. Les Pascuans partageaient le plus clair de leur temps entre la construction de sites et leurs rituels religieux. Au fil des ans, la population devint trop importante et ses besoins en ressources naturelles – bois pour le chauffage, la cuisine et la construction de statues – ont fini par épuiser les capacités de renouvellement des forêts. Cette déforestation a entraîné l’érosion des terres, la baisse des rendements des cultures et finalement les famines qui ont engendré les luttes claniques et la destruction des statues.

Lorsque l’amiral hollandais Jacob Roggeveen débarqua sur l’île en 1722 – précisément le dimanche de Pâques –, il découvrit une terre aride où vivaient des indigènes affaiblis par des luttes entre clans et la famine. L’île ne connaîtra que quelques visites éphémères au cours du siècle suivant. Mais au XIXe siècle commencèrent une série de rapts fréquents, pour faire travailler les captifs sur des baleiniers ou dans des mines. La déportation, en 1862, par des esclavagistes péruviens d’une grande partie de la population pascuane allait sonner le glas de cette civilisation. Presque tous les sages et savants moururent dans les mines de guano et avec eux leur savoir ancestral. Les rares survivants ramenèrent sur l’île des maladies qui décimèrent le reste de la population. La déchéance de la société et de la culture pascuane se poursuivit en 1888. Cette année là, le Chili annexa l’île, ce qui lui permit d’agrandir son prestige maritime et économique. Il loua immédiatement les terres à une compagnie anglaise qui en fit un grand pâturage à moutons. Toute l’île fut consacrée à la laine et Hanga Roa devint un ghetto entouré d’un mur, d’où les Pascuans n’avaient pas le droit de sortir. Beaucoup d’indigènes cherchèrent à s’échapper pour émigrer à Tahiti. La situation évolua dans les années cinquante, lorsque l’intérêt pour l’île soulevé au sein de la communauté internationale par les archéologues Thor Heyerdal et William Mulloy incita le Chili à revoir sa politique. De nouvelles perspectives s’offrirent aux Pascuans lorsque, en 1965, les Américains financèrent la construction d’une piste d’atterrissage ouvrant ainsi la voie au tourisme. Mais le pas le plus significatif sera franchi en 1993 lorsque le Parlement chilien vota une loi octroyant des droits aux peuples indigènes et notamment aux Pascuans. Les terres appartenant à ces derniers ont alors été déclarées incessibles, la culture et la langue vernaculaires furent reconnues, ouvrant ainsi la possibilité d’un enseignement bilingue dans les écoles d’Hanga Roa.

Les injustices dont les Pascuans ont été victimes durant près de deux siècles n’ont pas effacé leur profond sentiment d’appartenance à une grande civilisation. La réappropriation et la réinterprétation de leur patrimoine culturel au cours des dernières décennies ont renforcé la dignité collective et la fierté individuelle des quelque 2 000 Pascuans de souche qui vivent aujourd’hui sur l’île. Ils forment une vingtaine de grandes familles ou clans auxquels s’ajoutent désormais presque autant de nouveaux venus, pour la plupart des Chiliens du continent.

Un large éventail de phénomènes volcaniques

Rapa Nui est un véritable musée volcanologique à ciel ouvert. Carrières d’obsidienne, anneau de tuf, caldera, cônes stromboliens, volcans boucliers, dykes, souffleurs, tunnels de lave : chaque pas à travers l’île nous mène vers de nouvelles découvertes !

carte volcanologique de l'île de Pâques

carte volcanologique de l’île de Pâques

Le volcanisme de l’île de Pâques peut être rangé parmi les volcanismes de point chaud situé à proximité d’une grande dorsale océanique. L’Islande et les Açores connaissent une configuration semblable dans l’océan Atlantique. Mais contrairement à ce qui se passe sur ces deux îles, le point chaud à l’origine de l’île de Pâques est en sommeil depuis très longtemps.

En revanche, le volcanisme pascuan se distingue de ceux que connaissent Hawaï et la Nouvelle-Zélande. Hawaï est l’illustration parfaite d’un point chaud classique, se situant en pleine plaque. Son chapelet d’îles indique le mouvement de la plaque au-dessus du point chaud. Chez les Kiwis, on est en présence d’un volcanisme d’arc insulaire. C’est le passage de la plaque océanique sous une plaque moins épaisse qu’une plaque continentale qui donne lieu aux nombreuses éruptions que connaît cette région.

L’île se trouve en fait sur la plaque tectonique de Nazca et se rapproche ainsi chaque année d’une dizaine de centimètres du Chili continental. Cela ne doit pas vraiment faire plaisir aux Pascuans, qui se sentent culturellement et de coeur plus proches de leurs frères polynésiens de Tahiti, situés de l’autre côté de la dorsale et dérivant de ce fait dans l’autre sens…

La remontée du magma sous Rapa Nui a été facilitée par le fait qu’on se trouve aux abords d’une troisième plaque, la plaque Antarctique. L’île de Pâques est donc située sur une zone particulièrement instable. D’ailleurs, le dernier tsunami date des années soixante.

Naissance de l’île en trois phases

Photo de l'île de Pâques par l’équipage de la Station Spatiale Internationale, le 22 septembre 2002. Photo prise du Nord vers le Sud avec, à l'extrémité sud, le cratère caractéristique de Rano Kau. Source : Image Science and Analysis Laboratory, NASA-Johnson Space Center. « The Gateway to Astronaut Photography of Earth ».

Photo de l’île de Pâques par l’équipage de la Station Spatiale Internationale, le 22 septembre 2002. Photo prise du Nord vers le Sud avec, à l’extrémité sud, le cratère caractéristique de Rano Kau. Source : Image Science and Analysis Laboratory, NASA-Johnson Space Center. « The Gateway to Astronaut Photography of Earth ».

La naissance de l’île de Pâques a commencé il y a environ 3 millions d’années, avec l’éruption du Poike. Ce strato-volcan culmine à 370 mètres et son petit cratère sommital est désormais entièrement recouvert d’eucalyptus. Cela forme un petit pompon caractérisant bien ce bout de l’île. Le Poike se caractérise également par ses trois petits dômes parasites (trachyte), qui sont les restes d’activités explosives de type péléen. Le volcan est aujourd’hui uniquement couvert d’herbages. C’est le résultat du lessivage des sols suite à la disparition des forêts. L’âge vénérable de ce volcan explique aussi l’altération des couches superficielles, qui ont pris une belle couleur orangée. Ses pentes sont désormais impropres à toute culture et extrêmement fragiles, notamment face à l’arrivée des 4×4 des touristes. Aussi, depuis janvier 2006, l’accès au Poike est interdit aux voitures.

L’histoire de la naissance de l’île de Pâques se poursuit avec l’apparition, il y a 2 millions d’années, d’un nouveau volcan, le Rano Kau. Il est éloigné du Poike d’environ 20 km. Il s’agit également d’un strato-volcan, qui a connu un énorme effondrement il y a en environ 200 000 ans, donnant naissance à une formidable caldera, d’un diamètre de 1,5 km pour 200 m de profondeur. On trouve au fond de la caldera un lac de 11 mètres de profondeur, qui a longtemps été la principale source d’eau douce de l’île. Ce lac est partiellement recouvert de joncs, et c’est leur décomposition qui forme une mosaïque étonnante d’eau et de masses instables. Les trois îlots au large du cratère sont les restes de cheminées volcaniques parasites (rhyolite).

Dernier volcan à apparaître sur l’île, il y a 250 000 ans environ, le Terevaka a relié les deux volcans précédents et donné à l’île sa configuration actuelle. Sans le Terevaka, on ne parlerait pas aujourd’hui de l’île de Pâques, mais bien de l’archipel des îles de Pâques ! Volcan bouclier (type hawaïen), il est relativement grand à l’échelle de Rapa Nui. Ses laves, de type aa, recouvrent plus de 80 % de la surface actuelle de l’île. Moins typé que ses voisins, il constitue cependant le point culminant de l’île, avec une altitude de 506 mètres. Cela lui vaut d’attraper et de retenir encore plus de nuages que ses compagnons. On lui attribue quelque 104 cônes parasites, résultats le plus souvent d’activités de type strombolien. C’est sur le Teravaka qu’a eu lieu la dernière éruption volcanique, il y a environ 11 000 ans.

Un anneau de tuf providentiel

Le joyau du volcan Teravaka, c’est le site du Rano Raraku, qu’on visite chaque fois en ressentant un profond émerveillement. Le Rano Raraku, c’est la carrière d’où les sculpteurs pascuans ont tiré la quasi-totalité des grandes statues, les moai.

Le Rano Raraku est un anneau de tuf créé par une explosion phréatomagmatique. Le diamètre interne de l’anneau est d’environ 600 mètres et son diamètre externe atteint les 1 000 mètres. Le contact avec l’eau s’explique par le fait qu’au moment de l’explosion, la bouche se trouvait en bord de mer. Ce ne sont que des coulées de lave postérieures, provenant d’autres bouches, qui ont isolé le Rano Raraku de la côte. Cela explique l’existence d’une falaise de 80 mètres créée par l’érosion marine avant que l’anneau ne soit séparé de la grande bleue. Au centre de l’anneau, on retrouve un lac, également recouvert partiellement de joncs. A priori, on peut donc parler d’un maar. Le tuf du Rano Raraku est très homogène, il ne présente pas trop d’imperfections. Il est tendre, ce qui permet sa taille avec des outils d’obsidienne et il est léger, facilitant, si on peut dire, son transport. Sans la présence de cette matière idéale, sans cette rencontre explosive bien dosée entre le feu et l’eau, jamais des moai de plusieurs mètres n’auraient pu voir le jour sur l’île de Pâques et enrichir le patrimoine mondial !

Pour terminer ce tour des volcans les plus fameux de l’île, il faut encore signaler que c’est dans un autre cratère secondaire du Terevaka, le Puna Pau, que les Pascuans ont trouvé une carrière de scories rouges. C’est là qu’ils ont sculpté les pukao, les fameuses coiffes rouges qui ornaient la tête des moai, et aussi l’iris de leurs yeux de corail blanc.

Splendeur des moai

L’île compte près d’un millier de moai et la profusion des colosses est telle qu’il est difficile de trouver un endroit dépourvu de ces imposantes statues. Leur présence sur l’île a fait l’objet de nombreuses théories, alimentant le mystère de leur origine.

Sur place, toutefois, le volcan Rano Raraku dévoile entièrement le secret de fabrication. Imaginez une grande colline, truffée de moai qui émergent du sol, tantôt bien droits, tantôt penchés ou couchés ! Environ 400 d’entre eux, en cours d’achèvement, se trouvent encore dans cette carrière. Chaque étape de leur fabrication est visible : de la première ébauche taillée dans le tuf volcanique à la statue complète n’attendant plus que son transport vers une plateforme, appelée ahu.

Les moai ne représentent ni des dieux, ni des démons. En fait chaque clan souhaitait ériger des statues représentant ses ancêtres vénérés. Il faut dire que les ancêtres étaient proches d’être des dieux puisqu’ils avaient apporté sur l’île tout ce qu’on y trouvait (animaux domestiques, fruits et légumes). Ces statues incorporaient le « mana », la force spirituelle des ancêtres dont le clan espérait tirer protection et prospérité. Évidemment, les statues érigées démontraient aussi le pouvoir et le prestige des chefs en place et de leur clan par rapport aux voisins.

Les statues étaient placées sur des platesformes, qui étaient elles-mêmes de très grandes constructions. Ces plates-formes, qu’on appelle ahu, faisaient face à une place sacrée où se réunissait le clan pour diverses cérémonies. C’est seulement progressivement que les moai ont évolué en style et en taille jusqu’à former ces formidables bustes.

Pourquoi la civilisation pascuane s’estelle effondrée au XVIIe siècle ?

Les scientifiques qui se sont penchés sur cette question retiennent l’hypothèse d’une mauvaise gestion des ressources naturelles, forcément limitées sur cette île isolée.

La population serait devenue trop nombreuse et ses besoins en bois (pour le chauffage, la cuisson, la construction) ont fini par épuiser les capacités de renouvellement des forêts de l’île. Cela se serait produit lentement, sur plusieurs générations. La raréfaction des arbres a provoqué l’érosion des terres, une baisse des rendements des cultures et finalement les famines qui ont engendré à leur tour une perte de confiance dans les élites en place, leur renversement, le chaos et des luttes claniques qui ont conduit aux renversements des statues pour réduire le mana des clans ennemis. Selon une nouvelle hypothèse, ce sont les rats arrivés sur l’île dans les pirogues des premiers colons polynésiens qui seraient la cause principale du déséquilibre de l’écosystème et de la disparition complète des forêts sur Rapa Nui.

Quelle que soit finalement la responsabilité directe de l’homme dans l’effondrement de la civilisation pascuane, l’histoire de cette île montre l’extrême fragilité de notre environnement. C’est notre responsabilité, aujourd’hui plus que jamais, de le préserver, notamment dans les zones volcaniques, pour que les générations futures puissent elles aussi vivre la magie qui se dégage des magnifiques sites naturels de notre planète.

 

NOUVELOBS.COM | 18.12.2009 | 17:06

Pourquoi sur l’île de Madagascar de nombreuses espèces ont-elles des origines asiatiques? Parce qu’elles ont voyagé à travers l’océan Indien, selon une nouvelle étude qui montre que des îles auraient émergé à certaines périodes. Comme des pierres affleurant à la surface d’une rivière, elles auraient aidé des espèces à traverser la mer.

La perruche de Maurice, une espèce aujourd'hui très menacée qui a colonisé l'île Maurice à partir de l'Asie il y a quelques millions d'années.

La perruche de Maurice, une espèce aujourd’hui très menacée qui a colonisé l’île Maurice à partir de l’Asie il y a quelques millions d’années. (Dennis Hansen)

Aujourd’hui près de 4.000 kilomètres séparent Madagascar des côtes indiennes. Pourtant, pour de nombreuses espèces animales ou végétales de la Grande île et de ses voisines (la Réunion, Maurice, les Comores, les Seychelles), les plus proches parents ne se trouvent pas sur le continent Africain mais en Asie.

Cette bizarrerie a intrigué les naturalistes dès le 19ème siècle. Ils ont imaginé des scénarios de voyages des espèces à travers l’océan. Ces hypothèses ont été balayées dans les années 60 par la théorie de la tectonique des plaques, qui apportait une belle explication. L’Afrique, Madagascar et l’Inde sont les pièces d’un ancien continent, le Gondwana, qui s’est ensuite morcelé. La grande île s’est d’abord séparée de l’Afrique au Jurassique puis de l’Asie au Crétacé, il y a 80 à 90 millions d’années. Des espèces souches auraient donc été séparées par l’océan Indien, donnant naissance à de nouvelles espèces de chaque côté de cette barrière géographique grandissante.

Oui mais voilà: ce scénario est à son tour remis en question par des travaux de biologie évolutive, au profit de l’ancienne idée de dispersion!

Temps géologique et horloge moléculaire

«A partir des années 1990, les phylogénies moléculaires, qui permettent d’établir des degrés de parenté évolutive, ont montré que pour beaucoup d’espèces le niveau de différenciation n’était pas compatible avec une séparation d’au moins 80 millions d’années» explique Christophe Thébaud, du Laboratoire évolution et diversité biologique (Université Paul Sabatier de Toulouse/CNRS), l’un des auteurs d’une nouvelle étude sur Madagascar publiée dans la revue Cladistics.

Avec l’amélioration de la technique de l’horloge moléculaire, qui évalue le temps qui sépare deux individus d’après le nombre de mutations accumulées sur leur génome, il est clairement apparu que les deux échelles de temps, géologique et moléculaire, ne coïncidaient pas.

«Finalement l’hypothèse de la séparation par la tectonique des plaques ne fonctionne que pour un très petit nombre d’organismes de Madagascar et de sa région, analyse Christophe Thébaud. Elle serait par exemple valable pour deux groupes de grenouilles, peut-être trois, mais elle est très discutée pour les poissons et ne fonctionne pas du tout pour les oiseaux». (1)

Des îles apparaissent

Les perruches, les salanganes, les petits hiboux ou les oiseaux lunettes de Madagascar, se sont séparés de leurs cousins asiatiques "récemment", il y a 500.000 à quelques millions d’années.

Avec Ben Warren (Cirad/ université de la Réunion), Thébaud et ses collègues ont recueilli des données très précises sur la topographie des fonds marins de l’océan Indien, obtenues notamment à partir de mesures effectuées par des satellites. Ils les ont combinées avec des études de paléoclimatologie qui montrent que, sur les 450.000 dernières années, le niveau de l’océan Indien a baissé à six reprises d’environ 150 mètres, parfois pendant plusieurs dizaines de milliers d’années.

En tenant compte de la hauteur actuelle des chaînes de montagnes sous-marines de la région, les chercheurs montrent que des îles émergent régulièrement entre l’Inde et Madagascar lorsque le niveau baisse, et cela depuis environ 30 millions d’années.

«On voit même apparaître de grandes îles qui ont pu héberger des espèces sur de longues durées et être la source de nouvelles espèces» précise Christophe Thébaud. Ce mécanisme pourrait par exemple expliquer pourquoi le fameux dodo de l’île Maurice, désormais disparu, est très différent de son plus proche cousin connu: un pigeon des îles Nicobar, situées dans le Golfe du Bengale, au large des côtes birmanes!

Cécile Dumas
Sciences-et-Avenir.com

18/12/09

(1) Les mammifères de Madagascar, comme les lémuriens, ne sont pas concernés: ils sont d’origine africaine. Pour autant, leur traversée du canal du Mozambique demeure une énigme.

le 07.04.2009 04h00
 A-t-on ressenti le séisme italien en France ?

Seulement sur les instruments des réseaux de surveillance qui sont très sensibles et perfectionnés. La sensation s’atténue très vite avec la distance. Donc personne n’a ressenti ce tremblement de terre ni en France, ni au nord de l’Italie.

Quelle est sa cause ?

En Italie, c’est assez compliqué. La région des Abruzzes est à cheval entre deux zones tectoniques assez importantes : la plaque Adriatique qui plonge sous l’Italie et la chaîne des Apennins; de l’autre côté, une activité sismique liée à l’ouverture de la mer Thyrénéenne : la Corse et la Sardaigne s’éloignent de l’Italie, un petit océan a commencé à se former il y a quelques millions d’années. A priori, l’analyse des données indique que le séisme d’hier serait plutôt lié à cet écartement.

La France est-elle concernée ?

Non, on est très éloigné de ces plaques-là. Quelques effets pourraient à la rigueur être ressentis en Corse. Et encore…En revanche, en France métropolitaine, il y a une activité sismique importante en quantité, mais faible en magnitude. Ils sont souvent inférieurs à 3, on ne les ressent pas ou pas plus qu’un gros camion qui passe dans la rue en faisant trembler les verres. Ils pourraient avoisiner 5 dans les Alpes, les Pyrénées et le fossé Rhénan vers les Vosges.

La France a-t-elle connu des séismes aussi importants?

Historiquement, il est possible d’avoir atteint cette magnitude. Mais il est difficile de le vérifier car on n’a que des comptes rendus de dégâts. Le plus récent date de 1909, à Lambesc dans les Bouches-du-Rhône. Il est estimé à 6.2 et il avait fait 46 morts.

Quels sont les risques en région Rhône-Alpes?

Il y a une possibilité de séisme de magnitude 6 dans les Alpes. Sinon des séismes se font sentir très régulièrement dans l’Isère, la Savoie et la Haute-Savoie. Dans l’Ain, le risque augmente lorsqu’on s’approche du Jura. En revanche pour le Rhône et la Loire, le risque est extrêmement faible, même s’il n’est jamais nul. Nous, on détermine des zones où il y a de fortes probabilités de séisme. Mais il est impossible de dire quand ils vont avoir lieu. Notre travail c’est plus de la prévention que de la prédiction. Comme le risque zéro n’existe pas, en Rhône-Alpes les constructions sensibles, comme les centrales nucléaires ou barrages, prennent en compte ce risque-là pour leur implantation et leur construction. Mais Lyon est une zone très très stable !

Recueilli par Martine Sanchez

 

Selon les sismologues, même s’il existe des signes, la prévision des séismes reste une gageure.

Que la Terre tremble dans la région de la chaîne montagneuse des Apennins n’a rien pour surprendre un géologue. Là-bas, explique Pascal Bernard, sismologue à l’Institut de physique du globe de Paris, «enregistrer un séisme de 6,2 de magnitude, c’est normal». A très grande échelle, l’Italie se trouve coincée entre la plaque tectonique d’Eurasie et celle d’Afrique qui convergent l’une vers l’autre. Au milieu, une «mosaïque de microplaques qui s’affrontent». Les Apennins, formés au lieu précis de convergence de deux microplaques, résultent de cette compression. Mais les séismes actuels proviennent d’un mouvement inverse : «La chaîne s’effondre, s’étend. L’Italie s’élargit, en quelque sorte, mais pas de beaucoup, un millimètre par an – ce qui met en tension les failles de la région » , explique Pascal Bernard. D’où une sismicité élevée, dont on relève les traces dans le paysage et dans l’histoire des hommes.

Des hommes qui ont toutefois une «chance» : au lieu d’une seule faille continue qui suivrait toute la chaîne des Apennins, on voit plutôt une succession de failles d’environ 15 kilomètres maximum, plus ou moins interconnectées. Une chance, car la magnitude d’un séisme est directement liée à la longueur de la faille qui cède d’un seul coup. Lorsque les failles dépassent les 100 kilomètres, voire s’approchent des 1 000 kilomètres, les séismes prennent des dimensions titanesques. En tout cas, la cartographie précise de ces failles a débouché sur des cartes d’aléas sismiques assez précises et donc de réglementations pour les constructions… neuves (lire ci-dessous).

Cycles. Comme à chaque séisme, revient la question de la prévision. Surtout dans une région où ils sont assez fréquents. Et là, le scientifique honnête avoue qu’il ne peut pas grand-chose. « Certes, nous avons une approche sérieuse du sujet, qui consiste à retrouver l’histoire précise d’une faille, dater les paléoséismes, les séismes historiques. » Avec ces renseignements, les sismologues établissent le cycle de la faille, le temps moyen entre deux séismes. Ce qui donne une première indication de l’imminence ou non du suivant. L’ennui, c’est que les failles des Apennins ne tremblent pas si souvent que cela. Et dès qu’un cycle dépasse quelques siècles, les données historiques manquent… et la prévision devient très difficile, voire impossible.

GPS. Les géophysiciens peuvent aussi mesurer les tensions à l’œuvre dans les roches, et surtout, mais depuis peu, «suivre au GPS les déformations des sols à quelques millimètres près », explique Pascal Bernard. En théorie, le croisement des deux types d’informations pourrait déboucher sur des prévisions assez précises. « Mais nous manquons encore de recul pour les données GPS, il faut attendre quelques décennies», avertit le scientifique.

Il existe une autre approche pour prévoir les séismes, qui consiste à s’intéresser aux signaux précurseurs émis par la Terre peu avant de trembler. « Ces signaux existent, reconnaît Pascal Bernard, déformation du sol, émissions de gaz comme le radon, courants électriques, microséismes… Mais aucune théorie ni observation n’a pour l’instant pu établir des relations univoques et quantifiées entre ces signes précurseurs et les séismes. La prévision reste donc un défi scientifique.»

 

vendredi 3 avril 2009, par Julien Aubert

L’explication d’une des énigmes de la structure de la Terre vient d’être mise en évidence par un groupe de chercheurs de l’Institut de physique du globe (CNRS / Université Paris Diderot/ Université Pierre et Marie Curie/ Université de la Réunion) et de l’Université Johns Hopkins de Baltimore (États-Unis). Les irrégularités de la graine, située au cœur du noyau terrestre, seraient liées à la présence de vents thermiques dans le noyau.
Ce scénario remet en cause la rotation permanente de la graine. Ces travaux sont publiés dans la revue Nature du 7 août 2008.

La Terre est formée de plusieurs enveloppes concentriques. À 2900 kilomètres sous nos pieds, le manteau rocheux et solide cède la place au noyau, une boule de fer fondu au centre de laquelle la pression est suffisamment forte pour qu’existe une autre boule de fer solide de 1200 kilomètres de rayon : la graine. L’analyse des ondes sismiques qui effleurent la surface de la graine a permis de mettre en évidence un « double visage » : à l’ouest (hémisphère atlantique), ces ondes se propagent lentement, de manière anisotrope (c’est-à-dire qu’elles ont des propriétés différentes selon leur direction) et sont faiblement atténuées, alors qu’à l’est elles sont rapides, isotropes et plus atténuées. L’explication de l’origine de cette dichotomie apparaît comme un enjeu essentiel pour la compréhension fondamentale de la Terre comme un système d’enveloppes dynamiquement couplées les unes aux autres.

L’hétérogénéité de la graine n’est pas sans rappeler celle de la frontière noyau-manteau, sur laquelle arrivent des plaques tectoniques issues de la subduction, créant ainsi des régions froides sous l’Amérique et sous l’Asie, avec un temps de rémanence de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’années. Ces régions refroidissent localement le noyau. Tout comme l’atmosphère, le noyau est soumis à l’influence prépondérante de la force de Coriolis(1), et ces différences latérales de température peuvent donner lieu à des vents thermiques identiques à ceux, bien connus des véliplanchistes, qui existent entre les côtes et les étendues d’eau.

Ces vents thermiques seraient liés à l’existence du « double visage » de la graine. C’est ce que vient de mettre en évidence un groupe de géophysiciens du CNRS / Institut de Physique du Globe de Paris et de la Johns Hopkins University de Baltimore (Etats-Unis). Pour cela ils ont réalisé une simulation numérique de la dynamique du noyau liquide, sous l’influence d’un manteau thermiquement hétérogène. La dynamique du noyau est un sujet d’étude important, car c’est aussi à cet endroit qu’est créé le champ magnétique de la planète. La Terre se refroidit en permanence, et à l’intérieur du noyau, cela se traduit par des mouvements de convection qui entretiennent une dynamo, similaire dans son principe à celle du vélo, mais totalement fluide.

C’est justement dans le rapprochement des observations du champ magnétique terrestre et de celles de la structure de la graine que se trouve la réponse à l’énigme du « double visage ». Par l’analyse des laves volcaniques et des sédiments qui ont piégé l’orientation du champ magnétique dans le passé, il est possible de construire une carte du champ paléomagnétique moyen au cours des 5 derniers millions d’années. De plus, l’étude des variations du champ magnétique enregistré dans les observatoires au cours des 150 dernières années permet de reconstruire, à la surface du noyau, les écoulements qui leur ont donné naissance. C’est ainsi que ces scientifiques ont vu, à la surface du noyau, un grand cyclone de plusieurs milliers de kilomètres de diamètre à l’aplomb de l’Asie, dans l’hémisphère Nord. Le modèle informatique utilisé a montré que ce cyclone est justement dû au vent thermique, et qu’il concentre le champ magnétique en son centre, produisant une signature similaire à celle observée sur la carte du champ paléomagnétique. De plus, il constitue la partie visible d’une grande colonne qui plonge profondément dans le noyau, amenant ainsi du fluide froid et chimiquement pauvre jusqu’à l’hémisphère Est de la graine. Du fait du refroidissement de la Terre, la graine croît de manière permanente à un rythme de quelques dixièmes de millimètres par an. D’après cette simulation, le vent thermique provoque une croissance plus rapide dans l’hémisphère Est que dans l’hémisphère Ouest. Or des expériences de laboratoire ont montré que lorsqu’il gèle, le fer acquiert une texture qui dépend de la vitesse à laquelle il se solidifie.
Ce modèle prédit des textures capables d’expliquer, au moins qualitativement, les observations sismiques à la surface de la graine. C’est donc probablement ainsi qu’est apparu le double visage de la graine.

Ce scénario apporte une contrainte forte à un autre débat en vigueur dans la communauté géophysique, concernant la possible rotation de la graine par rapport au manteau. Au cours des 30 dernières années, les sismologues ont observé une modification des propriétés de certains trajets d’ondes sismiques traversant la graine. Ces modifications ont été attribuées à une rotation longitudinale de cette dernière, à des vitesses de quelques dixièmes de degrés par an. Cependant, si le manteau « imprime » sa signature sur la graine au même endroit pendant plusieurs centaines de millions d’années, alors il est nécessaire que la rotation de la graine soit en fait une oscillation, et ne cause aucun déplacement moyen au long terme. On peut supposer qu’une telle ondulation résulte d’un couplage mécanique de la graine avec les ondes de torsion, une catégorie particulière de mouvements rapides dans le noyau liquide dont la période est de quelques dizaines d’années.

Ce travail de recherche a été financé par l’Institut national des sciences de l’Univers (INSU – CNRS), par L’Institut de physique du globe de Paris, et par l’Université Paris Diderot.

Notes :

1) La force de Coriolis est dûe à la rotation de la Terre. C’est une force que sentent tous les objets qui se déplacent dans un référentiel en rotation. Elle est perpendiculaire au sens du déplacement.

Commentaire image :
Vue écorchée de l’intérieur de la Terre.
A la frontière noyau/manteau, les différences latérales de température (tâches rouges et bleues) créent un vent thermique (ligne grise dans le noyau) qui font croître la graine plus vite dans l’hémisphère est (tâche rouge sur la graine). Le « double visage » de la graine est la signature sismique de ce mécanisme.

La tectonique (La tectonique (du grec « τ?κτων » ou « tekt?n » signifiant batisseur,…)
des plaques, en modifiant la physionomie du globle, peut-elle modifier
le climat ? C’est la question que se posent depuis quelques années les
géodynamiciens, en particulier dans le cadre du programme Relief (Le relief est la différence de hauteur entre deux points. Néanmoins, ce mot est souvent employé pour caractériser la…) de l’Institut National des Sciences de l’Univers (On nomme univers l’ensemble de tout ce qui existe, comprenant la totalité des êtres et des choses (celle-ci comprenant…). Des chercheurs français et chilien montrent dans une publication qui vient de paraître dans la revue internationale Earth and Planetary Science (La science (du latin scientia, connaissance) relève Historiquement de l’activité philosophique, et fut pendant…) Letters, que des modifications de la physiographie du passage de Drake en relation avec une phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en…) tectonique affectant la connexion Antarctique-Patagonie ont pu modifier la circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles sur une route.) du courant circum polaire et de ce fait intervenir sur le climat global.


Carte tectonique du passage de Drake

Les variations climatiques au Cénozoïque

Au cours du Cénozoïque, entre 65 millions d’années (Ma) et notre époque moderne, le climat global a connu une révolution fondamentale (En musique, le mot fondamentale peut renvoyer à plusieurs sens.) liée à la mise en place et à la croissance de ses deux calottes de glace polaires. La Terre (La Terre, foyer de l’humanité, est surnommée la planète bleue. C’est la troisième planète du système solaire en partant…)
est ainsi passée d’une configuration sans calottes, dite Greenhouse, de
climat chaud, à une configuration avec calottes, dite Icehouse, de
climat froid.


Schémas montrant l’évolution de la position des continents Antarctique et Amérique du Sud (Sud est un nom :)
La constriction du Passage de Drake correspond à la période où s’édifie
la chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :) de la Terre de Feu

Les calottes de glace, en stockant de l’eau (L’eau (que l’on peut aussi appeler oxyde de dihydrogène, hydroxyde d’hydrogène ou acide hydroxyque) est un…) douce froide et solide en très grande quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre…), sont un paramètre (Un paramètre est au sens large un élément d’information à prendre en compte pour prendre une décision ou pour effectuer…) essentiel de la régulation (« Régulation » redirige ici. Pour les autres significations, voir Régulation (homonymie) )
de notre climat moderne. Les premiers grands glaciers se sont installés
en Antarctique vers 30 Ma. La calotte polaire a ensuite grossi
progressivement pour atteindre une épaisseur locale de glace de 2 à 3
km. Les premières calottes arctiques sont beaucoup plus récentes et
s’établissent durablement au Quaternaire.


Schémas de la tectonique des plaques en Mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) de Scotia.
La plaque Scotia actuelle résulte de la coalescence de plusieurs petites plaques.
Quand la dorsale de la Mer de Scotia fonctionnait, un petite plaque rapide, la Plaque Magallanes,
se déplaçait au sud de l’Amérique du Sud, sa bordure nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) fonctionnait en transpression,
causant la surrection de la chaîne de la Terre de Feu.

La transformation climatique globale du Cénozoïque est intimement liée à autre révolution essentielle dans l’histoire de notre planète (Selon la dernière définition de l’Union astronomique internationale (UAI), « une planète est un corps céleste (a)…), celle qui a concerné la circulation océanique générale. A partir d’environ 50 Ma, la température (La température d’un système est une fonction croissante du degré d’agitation thermique des particules, c’est-à-dire de…) des eaux océaniques profondes a chuté progressivement de 14-15°C pour atteindre 2°C de nos jours (Le jour ou la journée est l’intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c’est la période entre deux…). Ce phénomène traduit un refroidissement global de l’ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble, désigne intuitivement une collection d’objets (que l’on appelle éléments…) de la masse (La masse est une propriété fondamentale de la matière qui se manifeste à la fois par l’inertie des corps et leur…) océanique, accompagnant le refroidissement global du climat et témoigne de la mise en route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c’est-à-dire creusée…) de la circulation océanique moderne.

Celle-ci se caractérise par un long cycle, d’une durée de 2000 ans, qui
transfère vers les pôles les eaux superficielles chaudes des régions
équatoriales, où elles sont refroidies au voisinage (La notion de voisinage correspond à une approche axiomatique équivalente à celle de la topologie. La topologie traite…)
des glaces polaires, et plongent vers les profondeurs océaniques.Cette
circulation dite thermohaline fonctionne grâce aux différences de
température et de salinité des masses d’eau océaniques.

Son établissement progressif depuis 50 Ma est remarquablement mis en
évidence par la compilation des compositions isotopiques (isotopes de
l’oxygène) de microfossiles présservés dans les couches de sédiments
prélevés par des centaines de forages à travers tous les océans. La courbe (En géométrie, le mot courbe, ou ligne courbe désigne certains sous-ensembles du plan, de l’espace usuels. Par exemple,…)
ainsi obtenue, qui présente des accidents remarquables, peut-être lue
comme une courbe des paléotempératures des eaux de fond océaniques.
C’est un enregistrement fidèle, au premier ordre, des grands évènements
climatiques de la Terre durant le Cénozoïque.

Les ajustement physiographiques par la tectonique des plaques

La tectonique globale, qui régit la position relative des continents, et ouvre ou ferme les seuils océaniques, est un acteur (Un acteur est un artiste qui incarne un personnage dans un film, dans une pièce de théâtre, à la télévision, à la…) incontournable de notre évolution climatique. Ainsi, la mise en route de la circulation thermohaline (La circulation thermohaline est la circulation permanente à grande échelle de l’eau des océans engendrée par des écarts…),
qui suppose un brassage global des océans, n’est intervenue qu’à la
suite de l’interconnection des 3 océans Pacifique, Atlantique et Indien.


Position des principaux événements tectoniques cités dans le texte,
le long de la courbe isotopique de Zachos. A droite courbe des isotopes du Néodyme.

Cette interconnection ne fut possible que grâce à l’ouverture de deux
passages océaniques: le passage de Drake qui sépare l’Antarctique de la
Patagonie, et le passage qui sépare l’Antarctique de la Tasmanie. Par
ces deux seuils circule le courant circumpolaire Antarctique, qui,
poussé par les vents d’ouest, active les eaux jusqu’aux plus grandes
profondeurs.

Ce courant est un acteur majeur du système climatique actuel car il
isole thermiquement l’Antarctique et empêche les eaux chaudes de surface (Il existe de nombreuses acceptions au mot surface, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, souvent…) en provenance de l’Equateur de venir lécher les côtes de ce continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres…),
comme c’était le cas dans la configuration Greenhouse. Il joue
également le rôle d’aspirateur d’eaux profondes provenant de
l’Atlantique nord. Il s’agit donc d’un activateur essentiel de la
circulation thermohaline.

On peut s’attendre à ce que toute modification topographique importante
de la forme des seuils océaniques péri-Antarctique ait un effet sur la force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou…)
du courant circumpolaire Antarctique. Et en conséquence, on peut
s’attendre à ce que des modifications de la circulation thermohaline
entraînent des modifications climatiques.

C’est cette relation entre tectonique et climat que les auteurs ont
exploré dans cette publication. Ils ont pu dater la formation et
l’évolution du passage de Drake et du passage Tasmanie-Antarctique par
des études géologiques et paléomagnétiques. Ainsi, à partir de 50-40
Ma, la subsidence (abaissement) des seuils continentaux a rendu
possible la mise en route d’une proto-circulation circumpolaire
Antarctique, ce qui coïncide avec les enregistrements isotopiques
montrant le début du refroidissement global dès cette époque. Puis sur
chaque seuil, des dorsales océaniques ont fonctionné après la
distension continentale, ouvrant franchement le passage
Tasmanie-Antarctique à partir de 34 Ma, puis le Passage de Drake à
partir de 29 Ma.

L’évolution de l’enregistrement isotopique depuis 50 Ma n’est pas
régulière. La courbe des isotopes de l’oxygène montre ainsi des
accidents, non encore expliqués. Deux pics nets sont visibles vers 26
et 15 Ma et correspondent à des retours vers des conditions plus
chaudes. Ils encadrent une période de 11 Ma dont les valeurs
isotopiques de l’oxygène sont basses indiquant un réchauffement assez
net des eaux de fond océaniques.

Durant cette même période, entre 26 et 15 Ma, des événements
tectoniques décisifs se sont produits en Patagonie et en Terre de Feu,
affectant donc la physiographie du passage de Drake. Avant 22 Ma
(limite Oligo-Miocene) la Terre de Feu n’existait pas. A sa place un
sillon marin permettait la circulation des eaux froides du
proto-courant circumpolaire Antarctique. Un changement dans l’organisation (Une organisation est) des frontières de plaques a induit (L’induit est un organe généralement électromagnétique utilisé en électrotechnique chargé de recevoir l’induction de…) la compression de cette région, se traduisant par la surrection de la Terre de Feu.

Ce même événement tectonique a conduit également au soulèvement de la
bordure nord de l’actuelle mer de Scotia, transformant une vaste région
de fosses profondes en une série de haut-fonds (Ride nord Scotia).

En Patagonie, à la même période, on assiste à l’édification de la Cordillère (Une cordillère est une chaîne de montagnes allongée et étroite résultant généralement de la rencontre de deux plaques…)
andine. La surrection de la chaîne se marque vers 20 Ma par la
disparition de la mer, chassée de ces régions par la surrection de
l’avant-pays, où la sédimentation devient continentale. L’anomalie
climatique observé entre 26 et 15 Ma coïncide donc avec la constriction
(le resserrement) du passage de Drake.

Les auteurs examinent les effets d’une telle constriction sur la
circulation océanique globale et envisagent une diminution de
l’efficacité du courant circumpolaire Antarctique, entrainant à son
tour un ralentissement (Le signal de ralentissement (de type SNCF) annonce une aiguille (ou plusieurs) en position déviée qui ne peut être…)
de la circulation thermohaline se traduisant par un réchauffement des
eaux de fond océanique, bien visible sur l’enregistrement isotopique.

Des corrélations entre les deux hémisphères

La correspondance (La correspondance est un échange de courrier généralement prolongé sur une longue période. Le terme désigne des…) soulignée dans l’article n’est que temporelle et à ce stade (Un stade (du grec ancien στ?διον stadion, du verbe ?στημι istêmi,…)
des connaissances, les liens de causalité entre géodynamique de seuils
et intensité du courant circumpolaire Antarctique ne peuvent être
démontrées formellement. Mais d’autres coïncidences remarquables
étayent l’hypothèse d’un forçage majeur de la tectonique (géodynamique)
sur le climat du Cénozoïque.

Ainsi on a remarqué très récemment une correspondance entre les
périodes d’abaissement et de surrection du seuil de l’Islande, à 34 Ma
et 26 Ma respectivement, et deux accidents de la courbe isotopique de
l’oxygène. Les mouvements verticaux de la lithosphère (La lithosphère (littéralement, la « sphère de pierre ») est la partie superficielle et rigide du matériau…) dus à l’activité (Le terme d’activité peut désigner une profession.) du Point (Graphie)
chaud de l’Islande auraient favorisé respectivement l’introduction puis
la rétention des eaux froides atlantiques polaires dans la circulation
thermohaline.

Le premier événement, à 34 Ma, coïncide avec l’ouverture des passages
de l’hémisphère sud et donc avec la mise en route du courant
circumpolaire Antarctique. Le second vers 26 Ma coïncide avec la
constriction du Passage de Drake. Il est possible donc que les effets
des fluctuations du passage de Drake aient pu être amplifiées à
distance de façon totalement indépendante.

Les auteurs (Lagabrielle et coll.) concluent que des évènements
géodynamiques non liés, affectant les deux hémisphères nord et sud de
façon synchrone, pourraient avoir conjugué leurs effets pour expliquer
quelques très grandes étapes de l’évolution du climat global du
Cénozoïque. Pour confirmer cette hypothèse, il faut maintenant compiler
avec plus de précision les datations des événements géodynamiques
mondiaux d’un côté et les variations des indicateurs paléoclimatiques
de l’autre, pour en sortir des corrélations significatives et pour
tenter d’établir des liens de causalité. La modélisation numérique des
climats sera essentielle dans cette démarche .

Source: CNRS / INSU
Illustrations:© Lagabrielle et al. EPSL 2009

PARIS – Les climats de l’Atlantique Nord et de l’Atlantique
Sud s’inverseraient dans un mouvement de bascule assez brutal sur une
échelle de milliers d’années, selon une étude internationale à paraître
jeudi dans la revue britannique Nature.

A
la fin de la dernière période glaciaire (il y a 120.000 à 10.000 ans),
l’Atlantique Nord s’est réchauffé alors que l’Atlantique Sud se
refroidissait.

La bascule climatique entre ces deux zones a été
"instantanée", selon les chercheurs qui apportent pour la première fois
les preuves concrètes de cette inversion quasi immédiate, de l’ordre de
milliers d’années.

Les chercheurs, qui ont étudié des sédiments
de l’Atlantique Sud sous la conduite de Stephen Baker, de l’Université
de Cardiff (Royaume Uni), estiment que leur étude conforte les modèles
théoriques déjà réalisés.

L’inversion très rapide entre les deux
zones de l’Atlantique proviendrait de la circulation des eaux, le tapis
roulant océanique dont fait partie le Gulf Stream, qui redistribue les
températures entre le Nord et le Sud.

Des travaux précédents
avaient montré de leur côté que l’Antarctique réagissait seulement
"graduellement" aux changements de température abrupts se produisant au
Groenland, avec un réchauffement ou un refroidissement s’étendant sur
des centaines de milliers d’années.

La dernière étude, selon ses
auteurs, montre par ailleurs l’importance de l’Océan austral dans ces
phénomènes et devrait aider aux prévisions sur les futurs changements
climatiques.

(©AFP / 25 février 2009 19h00)

Sciences

Le
phénomène climatique El Nino, réchauffement périodique des eaux de
l’océan Pacifique qui affecte les conditions météorologiques, a
commencé il y a environ 6.000 ans, selon des recherches menées sur des
arêtes de poisson millénaires. Lors de sa dernière apparition en
1997-98, ce phénomène a provoqué des tempêtes, des vagues de chaleur,
des inondations, des gels et des sécheresses qui ont causé des milliers de morts.

L’étude publiée vendredi dernier par le magazine
"Science" s’est penchée sur les ordures ménagères des anciens
habitants du Pérou, notamment sur les arêtes des poissons-chats qu’ils
mangeaient. Elles montrent que les eaux de
l’océan dans lesquelles ils évoluaient étaient six à sept degrés plus
chaudes qu’aujourd’hui et que leur température variait peu.

Actuellement, El Nino, qui dure environ une année,
se produit tous les deux à sept ans. Si le phénomène était intervenu à
la même fréquence
il y a des milliers d’années, alors les arêtes de poisson auraient
reflété ces changements de température, explique C. Fred T. Andrus de
l’université de Georgie, l’un des auteurs des recherches. "Or ce n’est
pas ce que nous constatons", note M. Andrus. "Nos données renforcent
la thèse selon laquelle El Nino a commencé assez récemment, il y a
environ 6.000 ans".

De précédentes recherches, reposant sur l’analyse d’éléments chimiques conservés dans les coquilles de mollusques, étaient parvenues à la même conclusion: El Nino n’existait pas il y a plusieurs milliers d’années.
Mais elles n’avaient pas convaincu l’ensemble de la communauté
scientifique. M. Andrus souligne que son étude vient étayer cette
théorie.

En temps
normal, c’est-à-dire en dehors des années El Nino, les eaux profondes
et froides du Pacifique remontent à la surface au large des côtes
sud-américaines, transportant des nutriments et rafraîchissant la surface. Le mouvement
vertical d’eau froide est moindre et la surface se réchauffe, ce qui
affecte les conditions météorologiques dans toutes les régions du
monde. Selon M. Andrus, le climat était
beaucoup plus stable il y a 6.000 ans: il ne subissait pas les
changements brusques engendrés par El Nino.

Pour leurs recherches, M. Andrus et ses collègues ont analysé les dépôts d’oxygène-18
dans les otolithes des poissons-chats qui nageaient au large du Pérou
il y a des milliers d’années. Les otolithes, ou "pierres d’oreilles",
sont des concrétions calcaires
présentes dans la tête de certains poissons. Elles grandissent un peu
chaque année, laissant des traces semblables aux anneaux qui permettent
de déterminer l’âge des arbres.

La concentration d’oxygène-18 dans un otolithe
reflète directement la température de l’eau dans laquelle le poisson
évoluait durant sa croissance: plus l’eau est chaude, plus cette
concentration est élevée.

L’équipe de M. Andrus a capturé des poissons-chats
contemporains et montré que leurs "pierres d’oreilles" portaient la
trace chimique du phénomène El Nino de 1997-1998. Ils ont ensuite
analysé 12 otolithes extraits des déchets des anciens habitants de la
côte péruvienne, amateurs de poissons-chats. La décharge où les arêtes
ont été récupérées remonte à 6.200 à 6.400 ans.

Seulement deux otolithes sur ces 12 suggèrent un réchauffement passager des eaux du Pacifique. Or les poissons-chats ont une espérance de vie
de huit ans. Pour M. Andrus, si le phénomène El Nino avait été aussi
fréquent à l’époque étudiée que de nos jours, les 12 otolithes auraient
dû porter la marque d’un changement thermique.

Par Jean Etienne, Futura-Sciences

Une
des plus anciennes, mais aussi des plus imposantes civilisations
d’Amérique, a disparu brutalement il y a 3.600 ans. Pourquoi ? A cause
des effets conjugués d’un tremblement de terre et de El Niño, affirment des scientifiques.

Puisant sa source au XXXe siècle avant J-C, la civilisation dite de Caral, aussi appelée de Norte Chico,
est considérée comme la plus ancienne du continent américain. Etablie
sur la côte Pacifique, au pied de la Cordillère des Andes, sur l’actuel
Pérou, elle doit son nom à un site archéologique important situé à 180
kilomètres au nord de Lima. Postérieure à la civilisation de Sumer
(4.000 à 3.000 av. JC), contemporaine de la construction des grandes
pyramides d’Egypte, la civilisation de Caral précède les Olmèques
(1.200 à 500 av. JC).

Sa principale caractéristique est certainement son
architecture monumentale tout en relief, formée de plateaux surélevés
et de places circulaires creuses. Parmi les constructions de la
quarantaine de sites identifiés jusqu’à présent, les archéologues ont
découvert divers instruments de musique, ainsi que plusieurs indices
faisant penser que cette civilisation maîtrisait la fabrication du
textile, des drogues, et peut-être même de différents aphrodisiaques.
On n’y découvre cependant aucune trace de céramique ni de poteries, pas
plus que d’œuvres d’art.

A l’instar de bien d’autres civilisations, Caral a
construit des pyramides, qui se dressent sur une surface de 65.000
mètres carrés et dont la plus grande mesure à sa base 150 x 160 mètres
pour une hauteur de 18 mètres, le sommet étant plat et recouvert d’un
amphithéâtre dont les gradins peuvent contenir plusieurs centaines de
personnes. La population, estimée à une dizaine de milliers de
personnes, avait mis au point un vaste réseau d’irrigation et cultivait
du coton ainsi que divers légumes et fruits, et vivait aussi du produit
de la pêche.

Une civilisation anéantie en quelques générations

L’âge d’or de Caral a duré largement plus d’un
millénaire, jusqu’aux environs du 18e siècle avant notre ère.  Il n’a
pourtant fallu que quelques générations pour qu’elle disparaisse…
Rien, sur le terrain, ne fait penser à un massacre ou à une quelconque
violence de la part d’un peuple n’ayant apparemment jamais construit
d’armes de guerre.

La solution de l’énigme vient peut-être d’être
apportée grâce à une étude conduite par une équipe de recherche de
l’université de Floride et de l’Institut des changements climatiques de
l’université de Maine, récemment publiés dans les Annales de l’Académie américaine des Sciences (AAAS).

Pour Mike Mosseley, l’un des auteurs de cette étude, l’extinction de cette civilisation aurait été provoquée par l’action conjuguée d’un violent tremblement de terre et du phénomène météorologique El Niño. Selon le chercheur, Caral se situe à proximité de la zone de friction entre deux importantes plaques tectoniques, ce qui en fait une des zones les plus sismiques de la planète. Il y a environ 3.600 ans, un important séisme de magnitude
8 ou même plus a non seulement entraîné la destruction d’une bonne
partie des constructions intégrées aux pyramides, mais a aussi
déstabilisé la chaîne de montagnes qui domine la vallée, entraînant
l’accumulation d’éboulis en contrebas.

A la suite de l’épisode El Niño,
d’abondantes pluies saisonnières ont inondé les régions côtières du
Pérou, lessivant les débris rocheux en les entraînant vers l’océan dont
les marées les ont ensuite rejetés sur les côtes, formant ce qui est devenu aujourd’hui une grande crête de sable nommée Medio Mundo.
Isolées, les baies ouvrant autrefois accès à la mer se sont ensablées,
ruinant les systèmes d’irrigation et les vastes étendues agricoles
faisant vivre toute la civilisation de Caral.

Privée de ses ressources, celle-ci s’est alors mise
à décroître puis s’est complètement éteinte en l’espace de quelques
générations. « La fin de cette civilisation pourrait servir de
conte moral pour notre époque, notamment en ce qui concerne les effets
du phénomène
El Niño sur le climat », conclut Mike Mosseley.

Pyramides de Caral. Crédit : Håkan Svensson Xauxa (GNU Free Documentation License)

Pyramides de Caral. Crédit : Håkan Svensson Xauxa (GNU Free Documentation License)
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